Drôle de matin

Bien entendu, je n’ai presque pas dormi. Les dernières heures à la maison ont été un flou où je n’avais la tête qu’à mon bagage. Dans la soute? Dans la cabine? J’ai tout?

J’ai eu de l’aide: ma douce qui m’a posé les bonnes questions et qui m’a gardé concentré sur ma tâche, le centre La Tienda pour le gros coup de pouce logistique. Ce sont des spécialistes des pèlerinages et de l’amincissement des sacs à dos. Eux aussi, ils posent les questions difficiles qui reviennent dans la tête de tout marcheur: tu vas traîner ça tout le long? Sérieux?

Grâce à eux, je porte maintenant du linge ultraléger en laine de mérino. J’ai un nouveau sac qui fait moins dans la démesure que mon paquetage initial. Ce n’était pas donné, mais j’ai senti que je mettais enfin mes énergies (et mes bidous) aux bons endroits.

4:30 du matin, un taxi me ramasse et me dépose silencieusement à l’aéroport-que-j’ai-encore-du-mal-à-nommer et je vais faire emballer mon sac à dos pour le protéger. Le vendeur essaie de me faire payer le forfait premium avec un genres de garantie bidon (-Si quelque chose manque dans votre sac, on vous rembourse. -OK, mais vous n’avez pas ouvert mon sac. Comment pouvez-vous garantir ce qu’il y a dedans? -Euh… -Ça va être beau, je garde mes objets de valeur avec moi. L’emballage de base, je vous prie.)

Les contrôles de sécurité étaient pratiquement déserts. Je suis passé sans encombres (-Japan, 77 days, pilgrimage, only one luggage, thank you, sir.) et c’est avec une trop confortable avance que je me suis retrouvé à la porte 74, presque seul avec mes pensées embrumées.

Il faut que je relise les Langoliers de Stephen King...

Encore un peu plus d’une heure à attendre. L’avion s’est peut-être perdu dans la brume…

Je suis encore incrédule: c’est bien moi? Je suis bien ici, à attendre un avion qui me mènera à Chicago pour faire le grand saut jusqu’à Tōkyō? Le mot voyage vient de la racine verbale « voir » et c’est bien ce que j’entends faire. Mais en même temps que Je vais faire le touriste, je vais aussi traîner une petite chose que je n’ai pas eu l’occasion de bien connaître par le passé: mon ombre.

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