Une belle petite journée d’errance

Je n’avais pas grand-chose de prévu pour cette journée: acheter un forfait de données pour mon cellulaire et me trouver une chambre pour la soirée à venir (pas une mince affaire en plein Golden Week). Cette semaine, c’est l’équivalent de l’Action de Grâce pour les Yankees, alors c’est le temps où tout le monde veut aller ailleurs en même temps: visiter la grande ville, visiter les parents à la campagne, visiter les autres parents à la ville, fuir les parents, fuir la foule du Golden Week… bref, c’est le Branle universel de Montaigne.

Je me suis levé évidemment très tôt (décalage oblige) et j’ai dû attendre l’ouverture du microscopique buffet du lobby pour déjeuner (tout au plus, sept places debout avec des petits comptoirs pour déposer nos assiettes). Boulettes de riz, soupe miso, jus d’orange au son rassurant des deux cuisinières qui saluent et remercient les clients à l’arrivée et au départ. C’est simple, mais goûteux.

J’ai laissé mon sac à la chambre et j’ai marché dans le voisinage avant l’heure du check-out qui coïncidait avec l’ouverture d’un hyper magasin d’électronique à deux pas de l’hôtel. L’air était frais et les rues pratiquement désertes en ce samedi matin. Marcher sans sac sera, j’en suis convaincu, une bénédiction lors de ce voyage.

Un peu avant 10 heures, je retourne faire mon paquetage. Il faut que j’apprenne à refaire sensiblement toujours le même classement pour ne pas avoir à chercher mes choses au mauvais endroit dans mon sac. Ça va devenir un automatisme, j’en suis certain.

Dix heures moins le quart, des douces annonces enregistrées en japonais résonnent dans les couloirs: il est presque temps de libérer les lieux. Vérification extensive pour m’assurer de ne rien oublier. C’est une bonne gymnastique mentale, le matin…

Je sors et je me dirige au magasin. Je ne m’attendais pas à moins, mais ça surprend toujours: à la seconde près, à dix heures, les rideaux de fer se soulèvent. Je suis parmi les premiers clients. Je me promène un brin parmi les allées du rez-de-chaussée (consacré aux téléphones mobiles) pour avoir l’air de savoir ce que je fais. Peine perdue. Je vais voir une demoiselle et je lui bredouille que j’ai besoin de « 3G SIM card ». On se comprend assez vite et elle me trouve le petit carton qu’il me faut. Là, je suis pris en main par un expert qui va chercher la carte SIM idoine et qui entreprend de configurer mon appareil. Il va vite, il se débrouille bien avec mon iPhone en français. C’est un über pro! J’entre mon nom et mon numéro de passeport pour identification (deux fois: le site ne reconnaît pas les accents sur les lettres). Et voilà, deux Go de données pour trois mois. Il faudra que je demande à mon ami Eric de me montrer comment rajouter de la capacité à mon forfait parce qu’avec un bon usage de Google Maps, je risque de brûler ces données en peu de temps. Heureusement, je suis en pleine désintox de réseaux sociaux et je ne risque pas de retoucher à 9gag de sitôt. (Si vous ne connaissez pas, ne vous en approchez pas: c’est juste une incommensurable perte de temps.)

Ce jardinier coupe les fleurs flétries avec de tout petits ciseaux. Une photo commandée par mon beau-papa qui n’en revenait pas la première dois qu’il a vu ça.

J’ai marché autour de la gare et j’ai tenté de m’approcher du Palais royal. C’est beau de loin, mais j’apprends qu’il faut se mettre sur une liste de 300 personnes autorisées pour une des deux visites par jour. En plein Golden Week, je pense que c’est foutu pour moi. Pas grave, je reviendrai. Je marche alors en direction de Akihabara. C’est pas loin sur la carte, mais mon sac est un peu lourd. Presque rendu, je me cherche un hôtel pour y déposer mes affaires. Avant de partir en matinée , j’avais essayé de réserver quelques capsule hôtels, sans succès. J’ai alors décidé que si je ne trouvais rien, je visiterais les environs et je prendrais le train en soirée. Aucune chance pour que ce plan foireux ne fonctionne: j’ai les pieds en compote.

J’ai trouvé une chambre moins chère que la veille, près d’Akihabara. Bon, c’est sur l’étage fumeur. Batêche que j’avais oublié cette odeur… Mais c’est que du temporaire, tout ça. Je dépose mes choses, je m’essuie le visage et je me prépare à sortir… nope, je m’étends et je perds la carte jusqu’à 19 heures. Bon, c’est pas aujourd’hui que je vais battre le décalage.

On peut louer un kart et se déguiser à Tōkyō. C’est ce qu’on appelle mourir avec style!

De retour parmi les vivants, je me lève et je frappe un mur: je suis pogné en pain. Racké et figé en un amas de jointures douloureuses. Oui, le gars niaiseux a négligé de marcher avec son pack sack avant de partir. Probablement par peur de ressentir la douleur avant et de revirer de bord avant même d’avoir commencé. Aussi, il y avait mon stage qui accaparait mes pensées et mon existence. Bref, je vais avoir encore quelques jours à marcher plus légèrement avant d’entreprendre le pèlerinage: ça devra faire l’affaire (notez le futur et non pas le conditionnel, je ne me donne pas le choix).

Ce qu’il y a de curieux avec les douleurs comme celles-ci, c’est qu’elles font peur, que notre esprit recule et se recroqueville quand il les ressent, mais que, quand on les vainc, elles deviennent un murmure et s’en vont sans qu’on sache pourquoi. Mes matins futurs seront composés de ces murs de douleurs, il faudra que je m’y fasse et que je comprenne que tout passe, y compris les douleurs aux pieds. TOUT passe, bon. Je vais pas entreprendre un pèlerinage bouddhiste pour rien, il faut que je me rentre certaines certitudes dans la tête…

Je vais continuer d’écrire sur cette journée tantôt, dans le train. Là, je dois me mettre en branle.

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