4 mai. Jour 0 du o-henro.

Après un rafraîchissement matinal, nous étions presque prêts pour le départ. J’ai pris le temps de revoir tout mon paquetage, de faire des listes des items allant dans chacune des poches de mon sac afin de les retrouver facilement, puis de remplir mon sac de la manière la plus compacte possible, comme il m’avait été enseigné au centre La Tienda, à Verdun. D’ailleurs, je ne les remercierai jamais trop: même si je n’étais absolument pas préparé physiquement, c’est avec le meilleur matériel que je suis parti et je suis convaincu que ça a fait et que ça continue de faire la différence. J’écris ces lignes une semaine plus tard et j’en suis toujours certain. Nous sommes donc partis, Eric et moi, vers la gare locale pour prendre le train vers Kokura, d’où j’étais arrivé quelques jours plus tôt.

Petit look vintage, ce train…

Un petit adieu à Albator et ses amis, puis nous sommes allés acheter nos billets pour le trajet. La demoiselle au comptoir a été super gentille et nous a expliqué tout l’itinéraire, ce qui n’était pas si évident au premier abord. Heureusement, Eric a fini par tout saisir et on est partis avec une collection de petits billets verts. Pour passer la barrière, il fallait à la fois donner notre billet final (un genre de billet récapitulatif, si j’ai bien compris) et celui pour le Shinkansen. Notre train s’appelait Sakura (fleur de cerisier) et j’ai été surpris que l’intérieur ne soit pas rose. Il était plutôt brun comme l’intérieur des restaurants McDonald’s, circa 1985.

Descriptif: c’est un roc! C’est un pic! C’est un cap! Que dis-je, c’est un cap? C’est une péninsule!

Un peu moins d’une heure à grande vitesse plus tard, nous nous sommes retrouvés à Okayama où nous avons pris le Mariner, un train à deux étages. (Moi qui pensais que c’était un traversier…) Plus tard, à Shikoku, on a pris un train régional et, enfin, pour les trois dernières stations, on a transféré nos choses sur un train local à un wagon (on les appelle one-man, ici) pour nous rendre à la station Bandō, notre destination finale. (Non sans m’être fait regarder en riant par un vieux pèlerin qui m’a touché la bedaine en me disant « fat »… Ben oui, toi, on se reverra au temple 88 pis tu vas voir. Je vais t’attendre aux racks à bâtons de pèlerins après la cloche de la récréation!)

Le vieux croûton en question

Quelques instants avant que Riko ne me fasse un brin de jasette

Il faut tout de même que je raconte que, dans le Mariner, j’ai croisé Riko, une jeune demoiselle réservée qui occupait le siège à côté du mien. Elle n’a pas vraiment parlé de tout le trajet jusqu’à ce qu’on passe sur le pont reliant l’île de Shikoku à la plus grande île de Honshū. Alors que je tentais de prendre une photo, elle a alors demandé « Travel? » Quand je lui ai répondu « O-henro », elle est devenue plus loquace. Sa grand-mère a fait le pèlerinage à quelques reprises, mais pas elle. Elle m’a ensuite demandé pourquoi j’entreprenais une telle aventure (traduction libre). Quand Google Translate a régurgité ma réponse, ses yeux se sont allumés et elle m’a offert mon premier o-settai: une bouteille d’eau bénite d’un grand temple, eau sensée aider à mieux se connaître (et aussi à trouver l’amour, mais ça, c’était moins clair.) C’était tout de même un petit cadeau absolument fortuit, puisque je venais de lui mentionner que je faisais le chemin du henro dans l’espoir de me trouver, de m’apprivoiser.

C’est donc riche de ce minuscule présent rempli de symbolisme que j’ai entamé mon propre henro.

À la station Bandō, on est partis à la course pour le temple 1. Je voulais arriver avant la fermeture et surtout avoir le temps de m’acheter un livre de calligraphies, de l’encens, une sacoche blanche et, surtout, la veste blanche qui identifie un pèlerin au premier coup d’oeil.

Notre premier arrêt

Bon, pas de veste à ma taille. La dame gesticule un peu, Eric traduit qu’ils doivent en avoir au temple 2. J’espère que ce n’est pas de la bullshit pour se débarrasser du dai-ganjin (c’était bien peu connaître les petites vieilles japonaises que j’ai appris très vite à adorer…) En passant, personne ne se risquerait à m’appeler comme ça devant moi. Oui, des vieux dudes m’ont flatté la bedaine en riant et en disant « fat », (remarquez le pluriel) mais je pense que c’est plus culturel qu’autre chose… (Enfin, c’est peut-être des accroires que je me fais.)

Autre petite déception, le livre a déjà une calligraphie et des estampes à la page du temple 1: c’est inclus dans le prix. C’est donc au temple 2 que j’aurai l’expérience totale: encens, chemise, calligraphie live et tout le tralalas. Heureusement, pour cette soirée, Eric était là pour téléphoner d’avance dans une auberge tout près. Les tenanciers étant de très, très vieux vieillards vieillissants, il aurait été impossible pour moi seul de me faire comprendre. C’est donc avec joie que j’ai laissé Eric faire la conversation: les deux gripettes sont des nonagénaires avancés et leurs enfants ne veulent plus qu’ils s’occupent de l’auberge. Le monsieur est sénile et la dame est, semble-t-il, têtue. On a donc eu une chambre traditionnelle avec des tatamis où on s’est écrasés sur des futons douteux après avoir pris une douche dans une salle de bains aux racoins moisis. Le tout était un peu triste, mais on n’y pouvait pas grand-chose.

Ah oui, Eric trouve que je ronfle. (Moi, je dis plutôt que je rêve que je suis une tondeuse à gazon.)

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