Après la longue sieste, la démesure

Après un moment où mon corps se refusait à se lever (juste aller aux toilettes n’était pas une mince affaire) et comme je ne suis, moi-même, pas une mince affaire, passer l’étroite porte pour me rendre dans la cabine en plastique était un beau défi. Les pieds endoloris, il était difficile de conserver l’équilibre, me tortiller pour passer la porte sans m’accrocher dans le porte-serviettes juste à hauteur de nombril (une belle égratignure pour m’en souvenir) et me donner l’élan nécessaire pour me faufiler à côté de la cuvette. Je m’accrochais à ce que je pouvais, mais comme je ne voulais pas arracher la patente à rouleaux de papier-cul et tomber dans l’étroite mais ô combien profonde baignoire (un autre obstacle difficilement franchissable quand on a les pieds pognés en pains), je devais procéder avec prudence.

Bref, je me suis botté le cul, rafraîchi et habillé. Après m’être massé les pieds, j’ai choisi de mettre mes bas chauds (donc épais et confortables) et d’aller marcher sans mon sac. Après dix pas, j’ai écouté mes pieds. C’est qu’ils chiâlaient pour rien, les petits menteurs!  Tout va bien! Je peux m’attaquer à Akihabara. J’ai vu de loin ce quartier en plein jour et c’était tout à fait anodin. En sortant après ma sieste, c’était une tout autre histoire!

La pluie fine cessait alors que je prenais cette photo. Heureusement, l’air était bon, parce que ma tête tournait.

Le quartier est étourdissant, certes, mais je suis surpris de n’être pas plus surpris (suivez-moi, je vous prie…) Les maid cafés ne m’intéressent pas vraiment: étant seul, affamé et difficilement compréhensible avec mes dix expressions en japonais, je me suis dit que je ne pourrais pas vivre d’expérience plus « awkward », alors je me suis abstenu. J’ai donc marché, allège et allègre, dans les petites rues pour me rendre compte que ce coin sonnait aussi creux que le 10-30. Des filles en tenues de soubrettes, de général soviétique ou d’aviatrice distribuent des affichettes colorées. J’avais des souvenirs des rabatteurs tentant d’attirer la clientèle dans les restaurants de Bruxelles, de vendeurs de fausse dope à Amsterdam, de conducteurs de calèche dans le Vieux-Montréal… des attractions autrefois légitimes, mais aujourd’hui perverties. J’imagine qu’autrefois les restaurants étaient courus, la drogue était vraie et les calèches avaient leur raison d’être, mais aujourd’hui, les « maids » sont tristes.

Bref, je ne suis pas allé dans un maid café, surtout que, depuis que j’essaie le Ritalin, je ne suis plus supposé en prendre. Eh oui, monsieur Théorêt a un déficit d’attention. Ça vous surprend? Moi, plus tellement… Alors la petite pilule magique semble me rendre plus alerte, alors pas besoin de café, déjà que j’en buvais pas beaucoup. Un effet secondaire du Ritalin est qu’il est censé couper la faim. Je n’y pensais plus et je ne disais qu’après mon somme d’après-midi, je ne ressentais pas le besoin de me sustenter principalement en raison de la maxime « qui dort dîne ». Mais bon, ça a l’air que c’était pas totalement exact. Vers 20 heures, j’ai commencé à avoir mal à la tête: pas de chance, les restaurants étaient encore pleins ou c’étaient seulement des bouis-bouis peu inspirants (manger des döner au Japon? Essayer du McDo? Come on!)

J’ai alors eu une idée de génie (ça me prend des fois) et j’ai cherché dans Google les activités disponibles (à l’exception des maid cafés) pour Akihabara. Numéro un: essayer un des hyper marchés d’électronique. (J’ai tout ce qu’il me faut et je ne veux pas m’encombrer de cossins pour mon pèlerinage.)

L’étage des jeux vidéo et des figurines. La tête me tourne encore, mais plus pour les mêmes raisons. Que de bébelles!!! Heureusement que j’ai passé l’âge (il me semble…)

Je lis plutôt: « le dernier étage du magasin regroupe une dizaine de restaurants divers ». J’avais à présent un but (et un mal de bloc en devenir)! Je me suis trouvé une place et j’ai commandé un okonomiyake. Avec une bière pression. Toutatis en culotte de velours!

Toujours une bonne idée: tu prends le menu en photo et tu montres ce que tu veux au comptoir. Un truc du débrouillard Labatt 50. (Cue, le jingle de l’annonce.)

Repu, je me suis dit que c’était mieux de digérer en revenant tranquillement à l’hôtel afin de tenter de dormir encore à des heures raisonnables. Et voilà, il fut un soir, il fut un matin: deuxiême jour (et quel jour!) (OK, promis, j’arrête avec les références bibliques).

3 thoughts on “Après la longue sieste, la démesure

  • Bon matin, bonne nuit. Truc alimentaire: les comptoirs à Rāmen sont intéressant, et je n’ai jamais été déçu. Mais c’est très salé pour les corps en décalage horaire qui marchent. Content de te lire, je revis mon voyage, 12 ans plus tard.

  • Lui y connaît ça!
    Matthieu, merci beaucoup de nous faire voyager avec toi! Je continuerai de te lire avec beaucoup d’intérêt!
    Lâche pas, c’est vraiment plaisant de suivre tes péripéties!

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